Lev Tov : les bénévoles

Ils livrent des colis, visitent les personnes isolées, emballent des cadeaux pour Hanouka, remplissent des cartons, animent des évènements, côtoient les hôpitaux, donnent de leur temps… Ils ont tous un point commun, ils agissent avec le cœur. Ils sont bénévoles.

À la rencontre de l’un d’entre eux…

Comment j’ai connu Lev Tov…

Lorsqu’un message sur le groupe des mamans sollicite de l’aide pour livrer les colis de Pessah, S. ne réfléchit pas, elle se propose immédiatement. “Les palettes et les cartons ne me font pas peur. Très vite je sympathise avec tout le monde : Déborah, Sarah, Sigal…

Elles me demandent si je reviens le lendemain, je réponds oui tout de suite ! C’était il y a plus de deux ans.”

Mais l’aventure Lev Tov prend tout son sens pour S. le jour où Yaël annonce la création d’un nouveau projet, celui des visites aux personnes âgées, seules ou malades. S. sait au fond d’elle-même qu’elle peut aider, elle en est capable : “Ma sœur a la sclérose en plaques, les situations difficiles et le milieu hospitalier, je connais.”

Très vite une réunion a lieu, S. revoit Sigal, rencontre Carole, Yaël, Sandrine et Mendy. Le projet prend forme, on lui présente un listing des personnes mais on lui dit aussi qu’il est préférable de faire les visites à deux. “Je voyais bien qu’il n’y avait pas encore assez de bénévoles et moi j’avais envie de commencer tout de suite !”

S. ressort de la réunion avec les noms de trois personnes. Elle ne tarde pas à les appeler : “Avec la première le contact ne passait pas, elle était réticente et un peu fermée. La seconde Mme Fhal fait partie de celles que je vois encore aujourd’hui. Elle est âgée et seule, son fils habite au Brésil. Puis il y a eu Mme Amsellem qui vient de nous quitter…”

Dans la foulée, Sigal propose à S. de participer aux colis de chabbat le vendredi matin “depuis deux ans je le fais avec plaisir. Je livre aussi certaines familles le vendredi…”

Ensuite les choses s’enchaînent d’elles-mêmes. S. est sollicitée pour les packages de la Lev Box “j’ai l’impression de participer au projet, pourtant je ne fais qu’emballer.”

Elle se met à disposition à chaque fois qu’elle le peut, pour les besoins du cirque, pour le gala… “le lien s’est créé avec Sigal, elle est “ma” rencontre Lev Tov, elle m’a entraînée petit à petit et depuis c’est beaucoup de lumière dans ma vie.”

Le don de soi en héritage

“Il est certain que tout cela a un rapport avec ma sœur. Avant de tomber malade, elle aidait tout le monde ! Elle cuisinait des repas chez elle et les livrait à domicile, elle conduisait des dames au marché tous les mardis, portait leurs courses, elle pensait toujours aux autres. Je l’ai vue agir !”

Aujourd’hui, à travers la vie de sa sœur, S. réalise combien il est difficile d’être malade et isolé : “Il y a souvent beaucoup de papiers à envoyer et d’institutions à contacter. Ils ont besoin de cette aide là ! Ils n’ont pas une famille qui les soutient, un frère ou un ami qui va appeler un organisme, récupérer un dossier, le remplir, prendre un rdv chez le médecin, obtenir un certificat…”

Et S. raconte “Quand Mme Amsellem a cassé sa carte vitale, son monde s’est écroulé. Pourtant ce n’est qu’une carte vitale. Avec mon téléphone, on a créé ensemble un compte Ameli, il ne m’a pas fallu plus de deux minutes. Pour nous c’est facile, pour elle c’était presque impossible. Quand elle l’a reçue, elle était tellement soulagée.

Et la télé… pour elle qui vit seule, c’est une vraie compagnie. Ses seuls contacts sont le médecin qui passe une fois toutes les deux semaines, une voisine de temps en temps et moi. Alors quand mon mari lui a installé le câble, c’était une pluie de bénédictions !

Grâce à Sigal on a réussi à lui faire livrer un matelas, le lendemain elle m’a appelée pour nous remercier, le surlendemain elle m’a rappelée pour encore nous remercier. Tu te rends compte que ce n’est pas toi qui leur apportes, c’est eux qui donnent un sens à ta vie !”

Et S. explique “Je sais que j’aurais pu rester chez moi ou sortir avec mes copines, comme  je pourrais aller faire mes courses le matin plutôt que tard le soir… Mais ça m’apporte tellement ! Quand je sors de chez eux,  j’ai une énergie particulière qui me remplit pour la semaine. Il m’arrive de leur apporter un gâteau, des fleurs, oui je passe du temps avec eux… Mais ce qu’ils me donnent eux, va au delà.”

Pourquoi ? 

“Je ne sais pas… Ce sont des gens de vérité. Avec eux pas de mensonges, pas de chichis. Ils me font relativiser.”

S. implique même sa famille “Quand je vais chez Mme Fhal avec mes filles, elle qui ne connaît pas ses petits-enfants, je vois la joie dans ses yeux. Les enfants lui racontent des bêtises, elles touchent à tout, c’est de la vie dans sa maison. Ce n’est pas toujours évident, elle habite loin, il y a souvent de la circulation, il est difficile de trouver une place pour se garer, le quartier n’est pas rassurant… mais j’ai le sentiment de servir à quelque chose !”

“L’année dernière pour l’anniversaire de Mme Amsellem, on lui a fait un gâteau et on lui a offert un petit cadeau. Elle était tellement contente. Elle s’est rendu compte que la dernière fois qu’il y avait eu autant de personnes autour de sa table c’était l’époque où elle travaillait encore. Lorsqu’on est partis elle pleurait, mais elle n’était pas triste. Elle a vécu quelque chose, des émotions sont passées, elle s’est sentie vivante. C’est pour ça que je le fais, c’est important de le faire.”

“Je l’ai vue le lundi, je devais la revoir le jeudi… mais le matin son médecin m’a appelée pour m’annoncer son décès. A moi, une fille qui lui rendait visite une fois par semaine. A moi, parce qu’il a cru que c’était ma grand -mère. A moi, parce que j’étais son seul contact. Elle va me manquer,  je pensais que j’aurais eu plus de temps… C’est très dur. Parfois je dois me créer une carapace pour ne pas m’effondrer. Je suis touchée, mais tout cela me ramène à la réalité.”

Giulia

C’est l’histoire d’une enfant malade, qui passe ses journées à l’hôpital. Yaël connaît la famille et propose à S. de passer lui rendre visite. “Tablier, masque, charlotte sur la tête, il n’y a que les yeux qui parlent… c’est notre première rencontre.”

Giulia va adopter S. au premier regard. Elle va lui donner sa confiance, elle va l’aimer, elle va ne la vouloir que pour elle et S. va tout accepter. “Elle m’a maquillée, elle m’a déguisée en Maya l’abeille, j’ai joué à cache-cache, j’avais à cœur de faire tout ce qu’elle voulait…”

Quant à Amandine, la maman de Giulia, “elle est aujourd’hui mon amie. Les heures passées avec sa fille, les conversations avec elle au téléphone jusqu’à tard dans la nuit, les paroles pour essayer de lui donner de la force… tout ça nous a liées.”

Et alors que la petite sort de l’hôpital, S. continue ses visites. Elles vont même instaurer ensemble des séances cinéma. “C’étaient des moments importants. Et le fait qu’Amandine m’ait fait confiance, c’est beaucoup pour moi…”

“J’ai le souvenir d’un jour merveilleux, celui où on lui a retiré le cathéter. C’était le symbole d’un nouveau départ. On a pu faire une sortie avec mes enfants. Des mois que je connaissais Giulia et j’ai enfin pu la présenter à mes filles.”

S. ajoute :  “Lev Tov m’a donné une deuxième famille, les personnes que je visite et plus particulièrement Amandine et sa fille. Et même si aujourd’hui Giulia n’a plus besoin de visites grâce à Dieu, il serait impensable pour moi de ne plus la voir.”

Etre bénévole c’est vivre des moments de vérité, c’est réveiller ce qu’il y a de meilleur en nous, c’est attiser la flamme de l’humanité, c’est donner un sens à nos vies, c’est montrer l’exemple à nos enfants, et c’est aussi vivre des moments difficiles mais qui sont comme des éclairs dans la nuit. Donner, c’est recevoir au delà de tout ce qu’on peut imaginer.

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